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La libération

… La libération de Triel.

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L’arrivée des américains  : Samedi 26 août 1944. A la bonne heure dans la matinée, on signale que les américains sont installés dans les hauteurs qui dominent Vernouillet et Verneuil. A la jumelle on les distingue très nettement et l’on peut même suivre les évolutions des chars et d’autres véhicules. Dans la journée ils descendent dans la vallée ; quelques chars manoeuvrent sur le terrain de sport de Vernouillet et certains Triellois traversent la Seine pour les voir plus tôt et leur souhaiter la bienvenue ; ils en reviennent avec des cigarettes et du chocolat. Les mitrailleuses installées tous les dix mètres sur le bord de la Seine, rive gauche, ont été retirées et leurs servants se sont repliés. Il semble que Triel soit évacué.

Les bombardements : cependant la nuit sera troublée par le passage fréquent d’obus. Il semble que les batteries allemandes installées à l’Hautil ou plus loin dans la région de Menucourt-Courdimanche aient pris comme objectifs les abords de la route de Quarante Sous aux environs d’Orgeval. Dimanche 27 août. Dans la matinée, rien de spécial à signaler ; sinon une section de fantassins allemands qui stationnent dans un garage, rue de l’Hautil à Triel, en face de l’ancien cimetière sur l’emplacement duquel ils ont installé leurs bicyclettes, une conduite intérieure et une charrette.

Brusquement, un peu avant midi, une vive fusillade éclate rue du Pont. Des rafales de mitrailleuses et des coups de fusil se succèdent pendant une dizaine de minutes. Puis l’artillerie allemande reprend son tir de harcèlement qui durera une grande partie de l’après-midi. Un certain nombre d’obus éclateront sur la rive droite à la limite des communes de Vernouillet et de Triel derrière la maison Mallard.

D’ailleurs, dans certains quartiers, on est venu prévenir de l’interdiction de sortir de chez soi jusqu’au lendemain midi où l’on aurait deux heures pour vaquer au ravitaillement. Triel présente alors l’aspect d’une ville abandonnée. Comme la veille et l’avant-veille, la carrière a reçu un nouveau contingent de pensionnaires, qui estiment ce refuge plus sûr que leur cave où leurs nerfs supportent mal le sifflement continu des obus.

Sur la fin de l’après-midi, une auto-mitrailleuse descendit l’Hautil, stationna quelques instants à la hauteur du cimetière et repartit d’où elle venait.

C’est sur le soir que se produisit l’évènement le plus dramatique de ces quelques jours bien qu’il se soit passé à l’insu de presque toute la population.

Vers 21 heures un officier SS se présenta au maire et lui donna l’ordre d’évacuer tous la ville : les habitants de Triel devaient se diriger vers la Ville-Neuve-Saint-Martin et se rassembler sur la route de Rouen.

En hâte, le Maire, M. Rodier fit appeler ses adjoints, M. Pion et le docteur Bouvet. L’officier refusa de donner un ordre écrit. Après de longs pourparlers menés en allemand par le docteur Bouvet, l’ordre d’évacuation sur la route est changé en celui d’évacuation dans la carrière. Tous les habitants sans exception devaient le lundi matin entre 6 et 8 heures se rendre à la carrière ; interdiction leur était faite de sortir et des sentinelles devaient garder l’issue.

Grâce à l’énergie du docteur Bouvet, la population venait d’échapper à une rude épreuve.

Une fois la question de l’évacuation réglée, on pensa qu’il avait lieu de faire connaitre cette situation de l’autre côté de la Seine. On put téléphoner à la Gendarmerie de Poissy, déjà aux mains des américains, pour que ceux-ci soient mis au courant de ce qui se passait à Triel.

Durant la nuit les américains bombardèrent à nouveau Triel ; cette fois c’est sur l’avenue du Général Gallieni que se trouvent groupés les points de chute.

Lundi 28 août. Dès 6 heures, c’est le branle-bas général : la seule cloche de Triel sonnant à grande volée à une heure inusitée, annonce aux habitants qu’il y a quelque chose de grave, et l’ordre impératif d’aller à la carrière est bientôt connu de tous.

Les carrières, l’abri providentiel : La Gendarmerie de Triel assure le service d’ordre, alors c’est un défilé de brouettes, de remorques de voiturettes sur lesquelles chacun a entassé le maximum : valises, matelas, couvertures, chaises longues ou transatlantiques. On se hâte par la route de l’Hautil.

L’entrée dans la carrière se fait par un chemin creux, bordé de taillis qui ne tardent pas à se rejoindre en une voute que tamise la lumière matinale de cette journée d’août : on se trouve préparé à la demi obscurité qui règne dans la carrière et dans laquelle nous devons vivre désormais, heureusement pour 48 heures seulement, mais à ce moment nous ignorions la durée du « séjour sous-terrain ». Nous nous mettons à l’abri, nous descendons dans les profondeurs de la terre, mais à l’inverse du héros de Dante, nous ne trouvons pas inscrit au fronton « Vous qui entrez ici laissez toute espérance ». Tout au contraire, nous gardions au coeur une grande espérance, celle de sortir libres et libérés, le plus tôt possible, celle de pouvoir enfin respirer un air pur, bien français, que nous ne partagerions plus avec la soldatesque teutonne. L’entrée dans la carrière se déroula avec le plus grand ordre : la file sans fin des brouettes défilait docile aux indications des gendarmes et des commissaires de la DP. Arrivé aux emplacements prévus, chacun déballait son matériel, s’installait, commençait à s’organiser. On regardait ses voisins, et bien vite les conversations allaient leur train. Oh, elles n’étaient pas variées ! Le thème habituel gravissait autour de deux préoccupations, toutes deux très naturelles : la durée du séjour, à laquelle était lié le problème de la nourriture, et le sort réservé aux habitations et à leur contenu.

Après l’installation matérielle, disposition des matelas ou autres ustensiles de couchage plus ou moins confortables, il fallait songer à manger. Chacun avait quelques provisions ; certains avaient une lampe à alcool ; elles étaient nécessaires pour les familles où il y avait de jeunes enfants dont l’estomac faisait sentir sa tyrannie par des cris et des pleurs.

Après l’arrivée des piétons, eut lieu celle des cultivateurs, aux voitures lourdement chargées ; ils gagnèrent un coin écarté, qui prit évidemment un caractère tout spécial en raison des chevaux, des vaches et autres animaux et qui rappelaient d’assez loin, le soleil en moins hélas, les campements des tziganes des Saintes Maries de la Mer.

Enfin les derniers, les vieillards de l’hospice furent amenés et installés à proximité du poste de secours.

Cependant les services municipaux de la DP ne restaient pas inactifs. Le pain fabriqué par les boulangers pendant la nuit avait été réquisitionné : la ration était faible, 150 grammes, mais gratuite et sans ticket. Une distribution d’eau potable fut organisée, un quart par personne ; une vente de champignons eut lieu au profit des sinistrés de la rue des Créneaux.

Au poste de secours, les dévouements commencèrent à se dépenser sans compter : on pensa d’abord aux tout-petits sur l’unique réchaud à gasoil, on fit chauffer des biberons, on prépara des bouillies.

Et le soleil, invisible, poursuivit cependant sa course. Dans cette retraite où ne parvenait aucun bruit extérieur ni aucun rayon de lumière, on aurait bien vite perdu la notion du temps.

Chacun avait organisé sa vie. Les uns se tenaient couchés, enfouis sous leurs couvertures pour se préserver du froid et de l’humidité, et aussi par souci de se préserver d’une fatigue qu’une nourriture assez restreinte ne réparerait qu’insuffisamment. D’autres à qui l’immobilité pèse, pour se distraire ou pour se réchauffer, se promenaient à travers les nombreuses galeries au risque de se perdre, cherchant à trouver des personnes de connaissance. Les jeunes et les enfants n’avaient guère de place pour prendre leurs ébats, mais ils n’avaient pas l’air de s’ennuyer. Des amateurs de belote employaient leur temps à leur distraction favorite, malgré le peu de lumière. On voyait même quelques personnes plongées dans la lecture. Les mamans étaient préoccupées par les couches qui ne séchaient pas…

L’après-midi allait se terminer dans une monotonie sans histoire, lorsqu’une nouvelle tragique se répandit rapidement : trois blessés viennent d’être ramenés au poste de secours.

La mort du Lieutenant Lecomte, Chef du corps des sapeurs-pompiers de Triel

Si la carrière « la Bérangère » était la seule aménagée par la municipalité et se présentait comme le refuge officiel, les autres carrières, celle de l’Arche et celle de Pissefontaine, n’étaient pas interdites et de fait elles reçurent des réfugiés de leur quartier. A la carrière de l’Arche, 37 se réfugièrent.

A Pissefontaine, il y eut plus de monde et un chef de carrière avait été désigné, c’était M. Edouard Lecomte, Lieutenant commandant la compagnie des Sapeurs-Pompiers de Triel. Mais bientôt un certain malaise se fit sentir car plusieurs éléments de désordre avaient pris place dans la carrière. Le Lieutenant Lecomte, craignant d’être débordé, décida de se rendre à « la Bérangère » pour y exposer la situation.

Le voyage aller se fit sans incident. Lecomte fit son rapport à la municipalité et il fut décidé sur les ordres du Chef de Brigade que le Gendarme Lefebvre* se rendrait à la carrière de Pissefontaine et y resterait". Un volontaire fut demandé pour porter des boîtes de lait condensé ; à lui se joignit un civil qui allait rejoindre sa femme à la carrière précitée.

Le petit groupe de 4 hommes sortit de « la Bérangère » et s’engagea sur la Grande Rue de Cheverchemont après avoir contourné l’école des frères. De temps en temps, une rafale d’artillerie venait rompre le silence. Pour mieux se dissimuler, la petite équipe quitta la route et prit le sentier des Epinettes dans l’ordre suivant : Lecomte en avant, 4 mètres plus bas le Gendarme Lefebvre*, juste derrière Pierre Baton et 5 à 6 mètres plus bas le civil. Ils montèrent environ 50 mètres dans ce sentier bordé d’une haie. C’est alors qu’ils se trouvèrent pris sous 7 rafales d’obus tirés par 8 canons en batterie sur les hauteurs de Verneuil et Vernouillet. Trois furent atteints. Lecomte eut la fesse emportée, le gendarme Lefebvre blessé aux reins et à l’épaule et Baton à la gorge. Lefebvre et Baton se relevèrent tant bien que mal et le civil partit en courant comme un fou dans la direction du pays. Les deux blessés ne voyant pas Lecomte se décidèrent à retourner à « la Bérangère ». Ils refirent près d’un kilomètre et demi en sens inverse, une partie à genoux et le reste debout afin de se dissimuler aux yeux des américains installés de l’autre côté de la Seine. Ils arrivèrent à la carrière, Lefebvre soutenant Baton qui avait perdu beaucoup de sang. A leur arrivée au poste de secours ils furent pansés et installés sur des lits de fortune (table du marché garnie de matelas).

Pendant ce temps une équipe de volontaires, sur les indications des deux blessés, partit à la recherche de Lecomte. Ce n’est qu’à la deuxième expédition munis de plus amples renseignement qu’ils parvinrent à retrouver Lecomte dissimulé derrière un taillis et purent le ramener.

A son arrivée Lecomte fut aussitôt entouré des soins les plus empressés. Que de difficultés pour soigner de grands blessés dans de telles circonstances. Le poste de secours n’était certes pas prévu pour avoir à servir de salle d’opération ; lumière insuffisante à laquelle on suppléa par des lampes à carbure ; température trop basse ; atmosphère saturée d’humidité. Cependant tout fut mis en oeuvre. Les blessés chaudement couverts, veillés attentivement par les infirmières dévouées, reposaient quelque peu agités sous le coup du choc opératoire.

Vers 19h30, malgré sa robuste constitution, trop épuisé par une perte abondante de sang, Lecomte rendit le dernier soupir.

Bien vite, toute la carrière avait connu le triple accident ; bien vite aussi se répandit la nouvelle de la mort de Lecomte. Une chapelle ardente fut constituée dans une galerie un peu à l’écart et la veillée funèbre commença, les pompiers se relayant pour garder la dépouille de leur chef.

Dans la nuit, le poste de secours se transforma en maternité, mais évènement était attendu et c’est à cent pieds sous terre que Chantal fille de M. et Mme Ciza, de la rue des Créneaux, fit son apparition en ce monde ; grâce aux soins éclairés et au dévouement de tous, ni la maman, ni l’enfant ne souffrirent du peu de confort. D’ailleurs, la nuit suivante, une autre naissance survint mais inattendue cette fois : celle du jeune Jean-François Blondy, petit fils de M. Marcel Touillet.

Mardi 29 août. Voilà déjà 24 heures que dure la réclusion des triellois. La nuit s’est passée sans incident : l’électricité a été coupée un certain temps. On a dormi tant bien que mal. Mais assez tôt la carrière a repris son animation.

M. Le Curé a fait annoncer qu’il dirait la messe pour le repos de l’âme du Lieutenant Lecomte, et un certain nombre de fidèles vinrent y assister. L’autel a été dressé dans une galerie peu fréquentée ; des lampes à carbure accrochées à la paroi projettent une lumière vacillante ; tous les assistants debout répondent aux prières du prêtre. C’est une scène renouvelée des catacombes romaines, aux premiers siècles de l’église.

La question du ravitaillement commence à préoccuper tout le monde. Il reste un peu de pain qui sera distribué aux enfants. Il y a bien un stock de pommes de terre mais comment les préparer ? Quelques volontaires se rendent à l’école St Joseph qui est à proximité et masqués par le bâtiment, installent des foyers et se mettent à en faire cuire une certaine quantité.

Mais que se passe-t-il à Triel ? Chacun est anxieux de le savoir. Les bruits les plus fantaisistes circulent, le clocher serait détruit, telle ou telle maison aussi.

Dans la matinée, M. Weber obtient l’autorisation de sortir et de se rendre chez lui. A son retour, il peut donner des nouvelles, tout est calme dans Triel et il n’a pas rencontré un seul soldat nazi. Le pays ne semble pas avoir souffert. Puis c’est un habitant de l’Hautil qui vient annoncer l’arrivée des américains à l’Hautil. Afin de vérifier la chose, le Chef de Brigade, envoie un Gendarme porteur d’un message en anglais à remettre au premier officier américain rencontré. Ce message demandait qu’une reconnaissance soit envoyée dans Triel. Et en effet, un char américain ne tardait pas à se présenter sur la route, au bout du chemin qui descend à la carrière. M. Grelbin prit place sur le char pour servir de guide et l’on fit le tour de Triel : rien d’anormal ne fut remarqué. Triel était évacué par les allemands.

Dès son retour, une grande joie remplit tous les cœurs, mais il s’agit maintenant de quitter ce refuge qui manque de confort et de regagner son chez soi. La municipalité se met en mesure d’organiser le départ. Dans la galerie où sont réunis les services municipaux, tous les hommes sont rassemblés, et l’on désigne des équipes qui sortiront immédiatement pour assurer la garde des maisons jusqu’au retour des habitants. Les commerçants eux aussi sont autorisés à quitter la carrière pour préparer la réouverture de leur boutique et assurer le réapprovisionnement de la population.

Quant à la foule des habitants, elle évacuera la carrière le mercredi matin à partir de 8 heures, d’abord les piétons avec leurs bagages, puis les cultivateurs et leurs attelages.

A partir de ce moment, l’atmosphère change, les visages se détendent, les conversations sonnent plus clair. C’est déjà la Libération.

J. RAFTON/ B. BESSE (d’après le récit et les photos de M. Valentin LEFEBVRE*et avec son aimable autorisation).

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