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La gare de Triel

La première gare de Triel fut située sur la rive gauche et servait tant aux triellois qu’aux habitants de Verneuil et Vernouillet. Cette gare fut inaugurée en mai 1843, se situant à l’époque sur une des premières grandes lignes du réseau français, la ligne Paris-Rouen.

Gare de Triel La gare était "petite, de type standard, sans cour de stationnement"( MC Tihon, Histoire de Verneuil, T 2, p 734). Par le témoignage de Paul Théodore Vibert dans son ouvrage narrant ses souvenirs d’enfance nous savons que se sont succédés dans cette gare, des chefs de gare assez originaux :

"A la station de Triel, qui est aujourd’hui celle de Verneuil-Vernouillet ; c’était une autre paire de manches ; il y avait un chef de gare modèle, aimable, bon père de famille. Il ne lui manquait que d’être garde national pour être un citoyen accompli à la mode impériale d’alors. Mais il avait un terrible défaut, que dis-je une passion désastreuse : il collectionnait les pipes ! Il en avait en terre, en ambre, en cume-mer, en écume de mer, comme diraient les bonnes gens, en bois, en porcelaine, en métal ; il en avait de toutes les formes, de toutes les époques et de tous les prix, des neuves et des culottées, et il possédait une section spéciale de celles qui avaient été fumées par des hommes célèbres. Ainsi il y avait celle que Jésus Christ fumait aux noces de Cana et celle que Marat fumait dans sa baignoires ! Un jour il fut envoyé dans une gare sur la ligne de Caen, un peu avant Serquigny, à Beaumont le Roger, si je ne m’abuse, et son déménagement fut si long, si compliqué et si vétilleux qu’il faillit en mourir de désespoir.

Il avait une marotte : arriver à vendre sa collection des millions à un prince oriental ! Inutile de dire qu’il est mort avant d’avoir réalisé son rêve. Il y eut encore à la gare de Triel, un peu plus tard, un chef de gare, qui sous le fallacieux prétexte de faire des expériences scientifiques, s’amusait à fixer des crapauds sur les rails au passage des express ! Il recherchait ensuite les restes et était fort marri de n’en jamais trouver aucun. C’est lui qui le premier, m’appris comment il dormait profondément avec toute sa famille, pendant le passage des trains au milieu de la nuit, et comment ils étaient tous réveillés si un train passait en retard".

Source : Paul Théodore Vibert, Pierre Leleu… Souvenir de mon enfance, souvenirs littéraires de ma jeunesse, Paris 1912.